Justin Favrod, Les Burgondes. Un royaume oublié au cœur de l’Europe
Article mis en ligne le 12 mai 2020

par METAILLER Jean-Paul

Justin Favrod, Les Burgondes. Un royaume oublié au cœur de l'Europe

Justin FAVROD est un historien et journaliste suisse. Il a publié en 1997 un premier ouvrage sur le royaume burgonde qui est cité dans la bibliographie sommaire et utilisé dans le corps du texte de « LES BURGONDES, nos ancêtres » publié par Louis GONDRE dans le Bulletin de la Société d’Études des Hautes-Alpes en 1998. Au travers des tribulations des Burgondes, les titres des deux ouvrages mettent en évidence un objectif différent : la disparition et l’émergence des royaumes dans l’ouest de l’Europe pour l’un, la meilleure connaissance de nos origines pour l’autre.

Justin FAVROD s’attache à toujours situer son récit d’abord dans la famille royale burgonde en détaillant les us et coutumes burgondes, mais aussi dans la région où habite le peuple burgonde en décrivant ses liens avec les autres habitants, et enfin dans ses relations avec les autres peuples et/ou royaumes barbares comme les Francs de Clovis, les Huns d’Attila, les Alamans, les Ostrogoths, les Vandales ou les Wisigoths.

Avec Justin FAVROD, partons sur les traces des Burgondes qui vont réussir à traverser les siècles. Ils viendraient de l’île de Bornholm, terre aujourd’hui danoise dans la Baltique. Au Ier siècle, Pline l’Ancien les situe sur l’Oder, au IIe s. Ptolémée entre l’Oder et la Vistule. Ils commencent alors une longue migration vers le sud-ouest avec victoires, défaites, massacres… Au IVe s., Gibica est le premier représentant connu de leur famille royale et vers 409 ils entrent, pour ne plus en sortir, dans l’Empire romain. Ils s’installent, de 411 à 443, vers Worms et leur royaume éphémère a inspiré la légende des Nibelungen et plus tard Richard Wagner pour L’Anneau du Nibelung.

Le Royaume burgonde au Ve siècle

En 443, les Burgondes s’installent durablement dans l’Empire et depuis les rives du Léman, où ils furent placés comme verrou pour la sécurité d’une région de l’Empire, vont se tailler un royaume qui englobera les bassins du Rhône et de ses affluents. Toujours en combattant en permanence d’autres envahisseurs mais, aussi et surtout, en coexistant avec les indigènes gallo-romains. C’est sans doute là que les informations sur la religion, les lois, les classes sociales, les mariages, les impôts, les jeux d’alliance, les tribulations des peuples voisins… sont précieuses pour comprendre comment les Burgondes – de 20 à 30 000 individus – ont pu s’installer pendant environ un siècle. Gondichaire puis Gondioc et Hilpéric succèdent à Gibica et, en 457, le royaume burgonde s’étend jusqu’à Grenoble, Lyon, Châlon-sur-Saône et Autun ainsi qu’en Savoie.

Entre 475 et 516, leurs successeurs furent deux frères : Gondebaud basé à Lyon qui en 500 élimina par le fer Godégisel basé à Genève. La période 500-516, sous Gondebaud, marquera l’épanouissement de la Burgondie dont le territoire s’étendait alors de Langres à la rive droite de la Durance et de Nevers à Martigny et Windisch (Suisse). De plus, burgondes et gaulois se sentaient alors dotés d’un destin commun avec un même roi dans le royaume burgonde. Ce fut l’époque de l’entrée en scène des Francs de Clovis qui épousa Clotilde, nièce de Gondebaud, en assurant ainsi plus de 20 ans de paix entre les deux peuples. Sigismond, fils de Gondebaud, lui succéda en 516 et, durant son bref règne, ses maladresses mirent en évidence l’habileté de son père. Des règlements de compte familiaux mêlant les Burgondes et les Francs aboutirent à l’assassinat de Sigismond en 523 puis à la disparition de Godomar, son frère et successeur, en 534. Le royaume vaincu fut dépecé pour toujours même si Charles le Téméraire, duc de Bourgogne au XVe s., s’estimait l’héritier naturel du royaume burgonde.

Louis GONDRE écrit « les Burgondes qui ont habité nos terres haut-alpines nous ont légué leurs valeurs, le sens de la solidarité, la force de caractère et la rigueur morale ». Pour Justin FAVROD, dans le basculement général de l’Antiquité au Moyen Âge, « la naissance et le développement d’un nouveau peuple né de l’assimilation de deux ethnies différentes se révèlent passionnants à étudier. Ils invitent à s’interroger à partir d’un cas particulier sur la signification et la construction des identités nationale ou régionale ».

Jean-Paul MÉTAILLER

Blason de Vézeronce

Justin FAVROD nous apprend qu’en 524, Godomar allait affronter Clodomir, fils de Clovis et de Clotilde, dans la plaine de Vézeronce, au nord de Vienne (Isère). En 1871, une tombe princière de l’époque burgonde y fut découverte permettant de localiser le champ de bataille. Le mort portait sur la tête un casque fort luxueux fabriqué dans l’Empire d’Orient. Casque de Vézeronce
Aujourd’hui exposé au musée de l’Ancien Évêché de Grenoble, c’est un témoignage exceptionnel d’autant que les guerriers germaniques partaient généralement nu-tête au combat. L’identité du noble burgonde reste inconnue. Clodomir fut tué pendant le combat, décapité et sa tête sanglante, piquée sur une fourche, fut présentée aux guerriers francs qui, aussitôt, déposèrent les armes. Pour certains, il s’agirait du casque de Clodomir… Finalement, peu importe, c’est un extraordinaire souvenir de l’époque.


Références :

Illustrations :